MANGATTU
versus IBN HAYYAN
United States Court of appeals, fifth circuit, October
17, 1994.
Commentaire de Patrick Evrard
Cet arrêt rendu par The United States Court of Appeals va nous permettre de mettre en lumière la particularité
de la jurisprudence américaine en matière d’action intentée contre des
armements étatiques.
FSIA
= Foreign Sovereign Immunities Act
UASC
= United Arab Shipping Company
En l’espèce, l’Arabie Saoudite, le Koweit, le Quatar, les Emirats
arabes unis, l’Irak et Bahrein se sont réunis pour
créer une compagnie maritime appelée UASC.
Des marins de l’un des navires de
la compagnie ont formé une requête devant la District court afin d’obtenir le
payement de salaires impayés et la réparation de leur préjudice découlant de ce
défaut de payement.
Ils agissent le 1er
décembre 1992 :
§
in personam contre la compagnie
propriétaire du navire
§
in rem (sur la chose), ils demandent la saisie du bateau
sur lequel ils travaillaient.
Le 12 décembre, les demandeurs se
sont vu opposer un non lieu concernant la saisie du navire, lequel a alors pu
reprendre la mer.
Les demandeurs ont ensuite demandé
la saisie d’un autre bateau de la compagnie.
Ils soutenaient pouvoir saisir ce
navire au motif que le navire sur lequel ils travaillaient avait quitté un port
américain et au motif que la saisie aurait lieu sur un navire à quai dans un
port américain.
Un premier juge fait droit à leur demande et autorise la saisie du navire.
Cependant, la District Court
considère quant à elle que l’UASC est un Etat
étranger au sens du FSIA, le texte consacrant l’immunité des Etats étrangers
devant les juridictions américaines.
Ainsi, la District Court refuse la
saisie et donc ordonne la libération du navire.
Les demandeurs vont interjeter
appel de cette décision devant la US Court of Appeals.
La Court d’appel va alors devoir
définir si le FSIA est applicable en l’espèce ?
Autrement dit, l’armement composé
par le groupement d’Etat bénéficie-t-il d’une immunité devant les juridictions
américaines s’opposant à la saisie du
navire ?
Les juges américains vont répondre
à la question en deux temps :
§
tout d’abord, ils vont vérifier que l’UASC
peut être considéré comme un organe étatique au sens du FSIA.
§
ensuite, dans la mesure ou le FSIA
est applicable, les juges vont devoir déterminer si de par son activité l’UASC n’avait pas perdu son immunité.
1)
La réunion des conditions d’application du FSIA.
Ce texte dispose que l’immunité
devant les juridictions américaines est accordée aux organes étatiques d’un
Etat étranger ayant :
§
une autonomie juridique
§
détenue par un Etat étranger
§
qui ne peut être considéré comme ayant la nationalité
américaine
§
et qui n’a pas été créé sous l’empire des lois d’un Etat
tiers.
Les appelant vont soutenir que l’UASC ne peut être considéré comme une agence étatique
représentant un Etat étranger au sens du FSIA car :
§
le texte parle d’un Etat étranger au singulier et non d’un
groupement de plusieurs Etats
§
l’UASC ayant été créé sous
l’empire des lois du Koweit, or cet Etat ne détenant
moins de 20% parts du groupement, la condition de détention de la majorité des
parts par l’Etat étranger ne serait pas remplie.
Cette argumentation ne va pas
emporter la conviction des juges américains.
Ils considèrent que peu importe le fait
que l’armement ait été créé par un ou plusieurs Etats, ce qui importe c’est
qu’ils s’agissent d’Etats étrangers.
De plus, ils estiment que l’UASC est le fruit
d’un traité entre les Etats ayant une application juridique dans leurs
ordres juridiques respectifs, l’UASC est dons bien
une entité créée sous l’empire des droits des Etats étrangers regroupés pour
constituer l’armement.
L’UASC
peut alors être qualifié d’agent ou d’organe d’un Etat étranger au sens du FSIA.
Ce texte va alors pouvoir
s’appliquer.
1)
L’application du FSIA.
Les juges entendent vérifier si de
par son activité sur le territoire des US, l’armement n’a pas perdu le bénéfice
de son immunité.
En effet, selon le FSIA, l’Etat
étranger ayant une activité commerciale ou privée aux US perd son immunité de
juridiction.
Il peut être poursuivi, pour les
conflits entrant dans le cadre de ces activités, comme toute personne privée.
Cependant, ce principe contient une
limite, les biens de l’Etat étranger ne peuvent être saisis sur le territoire
américain que pour obtenir l’exécution d’un jugement.
Ainsi les juges distinguent :
§
le cas d’une saisie ayant eu lieu pour obtenir l’exécution
d’une décision, une telle saisie est valable,
§
en revanche, la saisie effectuée en vue d’obtenir la
compétence du juge américain afin qu’il statue contre l’Etat étranger n’est pas
valable.
En l’espèce, les juges considèrent
que les appelants ne prouvent pas réellement que la saisie avait eu lieu pour
se préserver l’exécution d’une décision qui leur serait favorable.
De plus, ils précisent que la
saisie aurait pu être valable si le défendeur avait explicitement renoncé à son
immunité.
Au final, l’US
Court of Appeal confirme la décision de la District
Court.
L’UASC est
un organe interétatique jouissant de l’immunité accordée par le FSIA et ce
alors même qu’il agit comme en organe privé.
Les conditions de validité de la
saisie diligentée à son encontre ne sont pas remplies.
Cette décision illustre les
difficultés de suspendre l’immunité de l’Etat armateur devant les juridictions
américaines, alors même que celui-ci agirait dans le cadre d’une activité
privée.
Nous pouvons noter que tant en
droit français, qu’en droit international, le principe d’assimilation des armements
étatiques aux armements privés est plus facile à mettre en application.
Ce principe a été consacré par une
Convention de Bruxelles de 1926 relative à
l’unification de certaine règle concernant les navires d’Etat.
Convention à laquelle les
Etats-Unis ne sont pas partie …
Patrick Evrard